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Deus irae

Philip K. DICK & Roger ZELAZNY

Titre original : Deus Irae, 1976
Science Fiction  - Traduction de Françoise CARTANO
Illustration de Stéphane DUMONT
DENOËL, coll. Présence du futur n° 238, dépôt légal : mai 1977
256 pages, catégorie / prix : 2, ISBN : néant

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Après l'holocauste qui a mis fin à la Troisième Guerre mondiale, deux Eglises se disputent les rares survivants et leur — méconaissable — descendance : celle du Bien et celle Du Mal, qui vénère le Deus Irae, le Dieu de Colère, celui qui a lâché sur le monde l'horreur atomique. Et c'est un Michel-Ange sans bras ni jambes, un hérétique de surcroît, le peintre Tibor McMasters, qui part, bien malgré lui, à la recherche de Dieu pour faire son portrait et le proposer à l'adoration des foules.
     Dans ce voyage halluciné sur une Terre dévastée, peuplée d'insectes géants, d'oiseaux qui parlent et de robots retournés à l'état sauvage, les lecteurs de Philip K. Dick et de Roger Zelazny essaieront sans doute de faire la part de l'un et la part de l'autre. Ils reconnaîtront sûrement que ce livre d'un humour désespéré est plus grand que la somme des deux parties qui le composent.


    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
 
     [critique de 4 livres : Noô 1 et Noô 2 de Stefan Wul, Le désert du monde de Jean-Pierre Andrevon, Deus Irae de Philip K. Dick & Roger Zelazny (éditions Denoël — Présence du Futur) et Les années métalliques de Michel Demuth (éditions Robert Laffont — Ailleurs & Demain
note nooSFere]

     Quatre livres font l'événement du mois ; chacun d'eux est cependant plus que le quart d'un événement.
     Trois sont publiés dans la collection Présence du futur. Et selon une tradition fameuse, les trois mousquetaires d'Elisabeth Gille sont quatre, à cause de Noô qui se subdivise en Noô 1 et Noô 2. Avec un Ailleurs et demain plus étincelant que jamais, cela fait cinq volumes ce mois-ci... Seul contre trois — dont un biplan — Michel Demuth, le champion de Laffont, ne part pas battu.
     Andrevon nous a enfin donné le grand bouquin que nous attendions de lui. Voici que paraît l'enfant comme des maîtres : Dick et Zelazny. Demuth réédite ces récits presque légendaires qui nous faisaient rêver si fort au début des années soixante. Il termine son recueil par un inédit qui est une des trois ou quatre meilleures nouvelles de science-fiction que j'aie jamais lues.
     Wul est revenu. Le père de Niourk et de Zarkass se jette comme un fou dans l'arène où hurlent les jeunes loups. Il ne m'a pas convaincu ; mais il va me donner l'occasion de lutter contre ma subjectivité... et d'abord de préciser que cette chronique se veut aussi objective que possible.
     Enfin, l'événement dans l'événement, c'est que la sélection comprend trois Français contre un Américain, ou plutôt deux moitiés d'Américains. Serait-ce le commencement de la décolonisation ?
     Au moment où j'écris ces lignes, je n'ai complètement terminé que le roman d'Andrevon — avalé en une moitié de nuit, dès réception. Ma chronique sera rédigée sur le vif. Deus irae, de Dick et Zelazny vient seulement d'arriver. Je m'enfonce dans ses entrailles chaudes avec un mélange de délice et de répugnance. Le recueil de Michel Demuth est un gros volume qui alterne textes anciens et inédits. J'ai entrepris de l'explorer à l'aventure. Et puis Les années métalliques, est un si bel objet qu'on n'ose pas le manipuler et le feuilleter sans d'extrêmes précautions, ce qui ralentit la lecture mais augmente le plaisir.
     Noô m'a causé bien du souci : ça fait au moins un mois que je me traîne dans ce livre ; je n'ai pas encore fini le deuxième volume. Mais je précise tout de suite que ma réaction n'est pas exemplaire. Au contraire... La plupart de mes correspondants — qui sont nombreux — ont beaucoup apprécié Noô. Le plus enthousiaste est Andrevon soi-même qui a été tellement impressionné par le style de Wul qu'il parlait de jeter sa machine à écrire aux déchets radioactifs.
     Dans un souci d'objectivité, j'ai voulu nuancé mon impression par celle d'un visiteur du moment, Didier Duval, jeune auteur-lecteur (et responsable d'une pachothèque), qui m'a prêté ses notes sur ce livre.

     Quelques remarques générales pour commencer.
     Le désert du monde de Jean-Pierre Andrevon est présenté sous une couverture originale et qu'on ne peut apprécier pleinement qu'après avoir lu le livre. Lequel doit être abordé avec quelques précautions. La présentation en quatrième de couverture est presque trop bavarde. Ne la lisez que d'un œil. Vous pouvez aussi sauter le prologue. A mon sens, il n'est pas indispensable et Andrevon l'a peut-être écrit par excès d'honnêteté intellectuelle, de même que les séquences au cours desquelles apparaissent, ou plutôt dialoguent les « manipulateurs ». Surtout, ne haussez pas les épaules après quelques dizaines de pages en vous disant : « Ça va, on a compris. » Vous ne pouvez pas avoir compris.
     Voir rassemblés les noms de Philip K. Dick et de Roger Zelazny sur une jaquette couleur de sang séché et au-dessus d'un titre énigmatique et terrifiant, eh bien, cela vous procure un frisson d'une rare intensité. J'en ai oublié un bon moment d'avaler ma salive. Mais si on retourne le livre, on lit cette phrase qui n'est pas très encourageante : « Après l'holocauste qui a mis fin à la Troisième Guerre Mondiale, deux Eglises se disputent les rares survivants... » Il ne manque qu'une majuscule à Holocauste !
     Oui, encore la troisième. Encore une histoire de religion post-cataclysmique. Même Robert Merle n'avait pas échappé à cette tentation. Après tout, ce sont des choses plausibles. On se demande avec un soupçon d'inquiétude ce que Dick et Zelazny ont pu en tirer de neuf. Que la colère de Dieu soit avec vous, mes frères en science-fiction.
     Les années métalliques sous couverture métallisée : c'est naturel. Cette couverture est à peu près la même que celle de Dune (première édition) : une des plus réussies de la collection ailleurs et demain depuis un bon bout de temps. C'est mieux que beau ; c'est lourd, c'est mat et brillant à la fois. Au toucher, c'est lisse, doux, presque froid. Le papier et la typographie augmentent l'agrément de la lecture. Trois cent quarante-cinq pages de texte serré. Environ quatre heures de lecture...
     Avez-vous remarqué que le rapport nombre de signes/prix devient très intéressant pour les gros volumes ? Pour des livres comme Tous à Zanzibar ou Dune il est égal à celui du Fleuve Noir. Ici, il est comparable à celui de Fœtus-Party, l'excellent mais court roman de Pierre Pelot, publié dans Présence du futur... (C'était notre minute économique).
     Michel Demuth reçoit enfin la consécration qu'il méritait.
     Une nouvelle des Années métalliques commence par cette phrase merveilleuse : « Les tortues avaient oublié les saisons, » C'est de la pure quintessence de science-fiction.
     Noô... C'est gros, c'est long ; la typographie est minuscule. Des heures de lecture à bon marché, c'est vrai. Je feuillette ces deux volumes pour la cinquantième fois et un sentiment de culpabilité gros comme une planète me submerge. Je n'ai pas aimé le commencement. Ni la fin. Les annexes à la manière de Dune (trente pages à la fin du deuxième volume) ne m'ont pas convaincu. Même le style, souvent admirable, devient lassant par accumulation ou excès... Mais cela est une impression subjective. Beaucoup de lecteurs n'ont éprouvé aucune lassitude, ont exprimé une admiration totale pour l'écriture et absorbé coup sur coup les deux volumes.
     Et, en toute objectivité, je dois reconnaître que la dernière œuvre de Stefan Wul est assez extraordinaire et d'une certaine façon inégalée en France.

     C'est par Noô que je vais commencer. Je recopie textuellement mes premières notes : Ecriture d'une foisonnante richesse, souvent très efficace ; manque trop de simplicité... Evoque pour moi l'époque de la Ligue Maritime et Coloniale... Exotisme, exotisme... Début difficile à avaler. (Mais ce genre revient à la mode : voir Les Flambloyants de Patrick Grainville, prix Goncourt l'an dernier...) Allons, allons : la nostalgie est toujours ce qu'elle était... Des pages exaspérantes de bavardage culturel incroyablement rétro. On a parfois l'impression de lire un vieux livre de prix retrouvé au grenier...
     Des raccourcis saisissants, des remarques d'une extrême finesse : « Tous ceux qui ont souffert du deuil savent qu'il rend animiste » (p. 23). Des descriptions admirables : « Pliée, plissee, vermiculée à l'extrême, la pierre lèprée de mousses laissait pendre quelques chevelures parasites. (.