Daniel Polansky est un jeune auteur américain né à Baltimore. Le Baiser du Rasoir, qui ouvre la série ayant pour cadre la ville de Basse-Fosse, est son premier roman.
Basse-Fosse (Low Town en version originale) porte bien son nom. En effet, cette cité n'est guère recommandable, tant y pullulent les prostituées, leurs souteneurs, les hommes politiques corrompus et les meurtriers. Et, bien évidemment, la drogue également y circule à flots. Prévôt le sait : il est l'un des principaux revendeurs de dope. Et veille jalousement sur son petit marché. Curieux personnage que ce Prévôt, d'ailleurs. Il fut soldat, et un soldat renommé, et agent de la Couronne (en d'autres termes, policier). Mais il a quitté la police et s'est tourné vers cette nouvelle activité un peu plus lucrative. Tout en gardant en lui une porte vers la rédemption ; aussi, quand plusieurs jeunes enfants meurent, le corps atrocement mutilé, décide-t-il de mener l'enquête...
Les meilleures fantasy sont celles qui prennent pour protagonistes des personnages intéressants. Polansky l'a bien compris, qui trouve en Prévôt un vecteur très porteur. La complexité de son caractère, entre grandeur et décadence, fait beaucoup pour l'intérêt du roman. Même si bien sûr sa trajectoire personnelle n'est pas la plus crédible qui soit (quand on arrive à son niveau de compétence et d'honnêteté, difficile de croire qu'il devienne un vulgaire dealer), elle permet néanmoins à l'auteur de dresser un portrait fort et attachant, qu'on suivra sans hésiter dans cette aventure. La ville de Basse-Fosse, l'autre personnage du roman, est moins intéressante, elle est surtout archétypale pour un livre de fantasy. La description qu'en fait Polansky est néanmoins suffisamment évocatrice pour qu'on s'y perde sans rechigner. Et l'auteur déploie également assez d'énergie pour rendre son roman rythmé et plaisant, même si on ne sort guère du tout-venant de la fantasy. Toutefois, la noirceur qui baigne l'ensemble, parfois proche de celle d'une Compagnie Noire de Glen Cook, donne une certaine profondeur bienvenue.
Au final, Le Baiser du Rasoir, sans être inoubliable, constitue une bonne surprise, un roman marquant essentiellement pour son personnage principal, dont la complexité psychologique est peu commune en fantasy.
Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 25/3/2012
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