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Le Baiser du Rasoir

Daniel POLANSKY

Titre original : The Straight Razor Cure, 2011
Fantasy  - Cycle : Basse-Fosse vol. 1

Traduction de Patrick MARCEL
Illustration de Fred AUGIS
BRAGELONNE n° (363), dépôt légal : janvier 2012
384 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-35294-544-4

Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Sombre et réaliste, le meilleur de la nouvelle Fantasy. »
British Fantasy Society *****

     Basse-Fosse. La ville du crime.
     Les hors-la-loi sont rois, les femmes, fatales. Disparaissez, et les gardes s’assureront que personne ne vous retrouvera jamais.
     Prévôt est dealer. Il a été soldat. Il a été agent de la Couronne. Il a tout vu, et même pire. Difficile de trouver âme plus tourmentée.
     Il est aussi le plus à même de traquer l’assassin qui sème derrière lui les corps d’enfants horriblement mutilés.
     Un sinistre jeu de piste, où le chasseur pourrait devenir proie.

     Daniel Polansky est un jeune écrivain né à Baltimore (États-Unis). Le Baiser du rasoir est un premier roman percutant. Cet habile mélange de Fantasy et de polar noir vous entraîne dans un univers sombre et violent.


    Prix obtenus    
Imaginales, roman étranger, 2012
 
    Critiques    
     Daniel Polansky est un jeune auteur américain né à Baltimore. Le Baiser du Rasoir, qui ouvre la série ayant pour cadre la ville de Basse-Fosse, est son premier roman.
     Basse-Fosse (Low Town en version originale) porte bien son nom. En effet, cette cité n'est guère recommandable, tant y pullulent les prostituées, leurs souteneurs, les hommes politiques corrompus et les meurtriers. Et, bien évidemment, la drogue également y circule à flots. Prévôt le sait : il est l'un des principaux revendeurs de dope. Et veille jalousement sur son petit marché. Curieux personnage que ce Prévôt, d'ailleurs. Il fut soldat, et un soldat renommé, et agent de la Couronne (en d'autres termes, policier). Mais il a quitté la police et s'est tourné vers cette nouvelle activité un peu plus lucrative. Tout en gardant en lui une porte vers la rédemption ; aussi, quand plusieurs jeunes enfants meurent, le corps atrocement mutilé, décide-t-il de mener l'enquête...
     Les meilleures fantasy sont celles qui prennent pour protagonistes des personnages intéressants. Polansky l'a bien compris, qui trouve en Prévôt un vecteur très porteur. La complexité de son caractère, entre grandeur et décadence, fait beaucoup pour l'intérêt du roman. Même si bien sûr sa trajectoire personnelle n'est pas la plus crédible qui soit (quand on arrive à son niveau de compétence et d'honnêteté, difficile de croire qu'il devienne un vulgaire dealer), elle permet néanmoins à l'auteur de dresser un portrait fort et attachant, qu'on suivra sans hésiter dans cette aventure. La ville de Basse-Fosse, l'autre personnage du roman, est moins intéressante, elle est surtout archétypale pour un livre de fantasy. La description qu'en fait Polansky est néanmoins suffisamment évocatrice pour qu'on s'y perde sans rechigner. Et l'auteur déploie également assez d'énergie pour rendre son roman rythmé et plaisant, même si on ne sort guère du tout-venant de la fantasy. Toutefois, la noirceur qui baigne l'ensemble, parfois proche de celle d'une Compagnie Noire de Glen Cook, donne une certaine profondeur bienvenue.
     Au final, Le Baiser du Rasoir, sans être inoubliable, constitue une bonne surprise, un roman marquant essentiellement pour son personnage principal, dont la complexité psychologique est peu commune en fantasy.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 25/3/2012
nooSFere


     Vétéran des guerres drennes et ancien flic, Prévôt n'entretient plus aucune illusion sur ses concitoyens. Installé dans les quartiers crasseux de Basse-Fosse, le bougre vit désormais d'expédients, trafiquant diverses drogues et surinant à l'occasion les fâcheux, histoire de leur apprendre à respecter ses platebandes. Aussi, lorsqu'un assassin commence à semer des cadavres d'enfants sacrifiés dans les rues, Prévôt s'agace de ces méfaits qui réveillent l'attention d'autorités jusqu'alors peu préoccupées par les tueries entre manants. De surcroît, ils font resurgir une conscience qu'il pensait avoir perdu, quelque part du côté du service des Opérations Spéciales de Maison-Noire, le quartier général de la police. Entre palais décadents, habités comme il se doit par des fins de race, et caniveaux de Basse-Fosse, en passant par les cachots sordides de Maison-Noire, Prévôt aura fort à faire pour démasquer le responsable de ces crimes. Et ses talents de limier ne seront pas superflus pour écarter les fausses pistes d'une enquête l'amenant à flirter avec son propre passé.

     Loin des poncifs de la high fantasy, de ses royaumes éthérés et de ses souverains altiers, Daniel Polansky puise sans vergogne dans les archétypes et les codes du roman noir. Ici, point de quête à accomplir ou de défi à relever. Exit la lutte manichéenne et répétitive entre Royaume lumineux, Empire ténébreux ou leurs alter égos Bien et Mal. Juste l'habituel spectacle de l'humanité avec son cortège de désirs, de passions, de vices et d'actes de générosité, forcément éphémères. Et au milieu de tout cela Prévôt, le dur à cuire de l'histoire. Un type dont l'unique objectif est de rester en vie, quitte à bafouer la morale commune. Un gaillard qui sait dire non à l'occasion, mais en buvant un coup parce que c'est dur. Un lascar n'hésitant pas à réparer un tort, tout en sachant que, de toute manière, la société est pourrie jusqu'à ses fondations.

     Ainsi, on se trouve face à un hybride de polar et de fantasy. Une fantasy débarrassée de son faire-valoir héroïque. Un roman noir composant avec une magie de la même nuance. Pas de quoi se pâmer en criant au génie, même s'il faut reconnaître à Daniel Polansky un certain talent pour camper les personnages et tisser les atmosphères. Toutefois, le lecteur de fantasy en quête de textes non conventionnels pourrait regretter la distanciation ironique d'un Fritz Leiber et l'ambiance vénéneuse de Aquaforte de K. J. Bishop. Et puis, malgré une grande maîtrise des descriptions, Basse-Fosse est loin d'égaler Lankhmar ou Escorionte, pour ne citer que ces deux cités.

     Par ailleurs, l'amateur de roman noir pourrait juger l'intrigue du Baiser du rasoir un tantinet cousue de fil blanc. Seul Prévôt semble patauger dans les méandres d'une affaire où on devine assez rapidement le nom du coupable...

     Bref, Daniel Polansky troque une routine pour une autre, greffant des thèmes plus contemporains — lutte des clans, pour ne pas dire des classes, racisme, ségrégation, paupérisation, collusion entre pègre et élite — sur une intrigue s'avérant au final plan-plan et déjà vue.

     Selon la quatrième de couverture, Le Baiser du rasoir relèverait du meilleur de la « nouvelle fantasy », un courant que d'aucuns qualifient de crapule fantasy sous nos longitudes. A défaut d'être pleinement convaincu, on attendra de lire la suite pour émettre un jugement définitif. A sa décharge, reconnaissons tout de même que Le Baiser du rasoir se situe dans le haut du panier. Mais un putain de panier de linge sale !

Laurent LELEU
Première parution : 1/4/2012
dans Bifrost 66
Mise en ligne le : 19/6/2013


 
Base mise à jour le 19 octobre 2014.
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